16 février 2013

I- Le livre

b) Inspirations 

 


 

Mary Shelley puise principalement son inspiration dans les textes des auteurs qu’elle affectionne, ainsi que dans son environnement, dans les paysages de son enfance (un petit faubourg de Londres très vivant à l’époque) et dans ceux qu’elle visite avec son mari, (qui l’influence également beaucoup dans l’écriture de ses œuvres), c’est-à-dire tout particulièrement les bords du lac Léman, les panoramas de divers pays européens, de même que les glaciers de Haute-Savoie, parmi lesquels Chamonix, la mer de glace, le Mont Blanc et bien d’autres encore (des paysages dont on retrouve les échos dans la partie épistolaire du roman où Robert Walton décrit à sa sœur l’océan arctique)... Mais la jeune femme s’inspire également des échos scientifiques et littéraires qu’elle entend lors des discussions avec son cercle d’amis, qui compte les plus grands intellectuels de l’époque (notamment, comme dit précédemment, son mari Percy Bysshe Shelley, le poète Lord Byron, Samuel Taylor Coleridge, poète romantique, Aaron Burr, ancien vice-président des Etats-Unis, l’écrivain Thomas Love Peacock, ou encore le poète William Wordsworth...)

 

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Somers Town, lieu de naissance de Mary Shelley mais aussi l'une de ses grandes sources d'inspiration

 

Parmi les œuvres qu’elle cite ou qu’elle reprend dans son livre, on compte les Ruines des empires du comte de Volney, Vies des hommes illustres de Plutarque, Les Souffrances du jeune Werther de Goethe, et bien d’autres, mais avant tout le fil conducteur de l’évolution de la créature, qui revient régulièrement par le biais d’allusions ou de citations dans l’œuvre, Le Paradis Perdu, de John Milton (dont un extrait fait également office d’épigraphe). On remarquera que tous ces écrits font partie ou influencent fortement le mouvement romantique. Un autre  grand texte romantique revient plusieurs fois dans le livre : le poème de Samuel Taylor Coleridge Le Dit du Vieux Marin (1798). C’est en effet par le biais de ce poème que s’effectue l’unification du récit de Walton et de Victor Frankenstein. Toutes ces inspirations romantiques ont donc fortement aiguillé le roman originellement gothique de Mary Shelley, lui conférant un charme particulier et délicat...

Une autre source d'inspiration importante fut le Dr. James Lind (1736–1812), le "mentor" scientifique de Mary Shelley à Eton en 1809 et 1810.

 

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Couverture du Dit du vieux marin, de Samuel Taylor Coleridge, édition The Floating Press

 

 

Mais pour écrire Frankenstein, fait moins anecdotique qu’il n’y paraît, l’intrigue serait venue à l’auteur d’un rêve, ou plutôt d’un cauchemar qu’elle aurait fait… Ainsi, selon ses dires dans l’introduction ajoutée au roman (dans la nouvelle édition datée de 1831) : « Je vis –les yeux fermés, mais avec une vision mentale aigüe– […] Je vis le phantasme hideux d’un homme allongé, puis, par la mise en route de quelque engin puissant, montrant des signes de vie, et se mettant à tressaillir, à se mouvoir maladroitement, à moitié en vie. Vision assurément effrayante, car un suprême effroi  résulterait de toute entreprise humaine visant à parodier le stupéfiant mécanisme du Créateur du monde. ». La jeune mais non moins talentueuse écrivaine expose ici clairement son sentiment à propos de l’intrigue principale de son livre, mais elle nous explique aussi d’où lui est venu l’éclair de génie qui lui a permis d’imaginer et écrire d’un tel chef-d’œuvre. 

Dans cette même introduction, Mary Shelley va même jusqu’à  décrire l’horreur vécue par le créateur du monstre  dans son « apparition », celui qui inspirera le personnage de Victor Frankenstein : « Il dort ; mais il est réveillé, il ouvre les yeux ; voilà que l’horrible chose se tient à son chevet, ouvrant  ses rideaux et le contemplant avec des yeux jaunes, mouillés, mais interrogateurs. ».

Elle ajoutera justement quelques lignes en dessous, résumant d’où a surgi cette idée tout en suggérant qu’elle s’apparentait dans ce « rêve éveillé » au créateur de la monstrueuse bête du livre « L’idée [qui] s’imposa à moi. « J’ai trouvé ! Ce qui m’a terrifiée terrifiera les autres ; je n’ai qu’à décrire le spectre qui a hanté mon oreiller à minuit. » […] Le jour même, je commençai ».

 On peut également imaginer, sans tenter évidemment une quelconque analyse psychologique, que cette sorte d’hallucination de l’auteure cache un mal-être de cette dernière, dissimulé sous sa grande culture et sa profonde intelligence. N’oublions pas que cette jeune femme se marie à l’âge de dix neuf ans, et qu’elle entreprend l’écriture, malgré sa condition de femme au XIXème siècle, dès ses dix sept ans.

 Ainsi peut on penser que parfois Mary souffrait d’une jeunesse qu’elle n’a pas eu, d’une innocence qu’elle à perdue tôt, comme le monstre de Frankenstein qui devient vivant sans avoir jamais ri, sans avoir rien appris auparavant, que ce soit la parole, l’écriture, les principes humains de notre société, ou ce qui est bien et ce qui ne l’est pas ; sans recevoir une seule éducation, sans avoir jamais été un enfant insouciant à un moment donné de son existence.

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Couverture de Frankenstein ou le Prométhée Moderne, collection HRW Library

 

 

Enfin nous pouvons nous interroger quand à l’origine du titre : Pourquoi « Frankenstein » ? Et que signifie « le Prométhée moderne » ? 

De même que John William Polidori, auteur gothique anglo-italien du début du XIXème siècle auquel on attribue la création du vampirisme, qui écrit en 1819 (quelques années après la publication de Frankenstein) Ernestus Berchtold ou l’Œdipe moderne, Mary intitulera son roman Frankenstein mais le sous-titrera le Prométhée Moderne, en référence à la mythologie grecque et au mythe de Prométhée, mythe qui actuellement est connu sous deux formes : la première légende est celle dont Mary a repris l’intrigue principale (et la morale), dans laquelle Prométhée désigne un Titan qui aurait créé les hommes à partir d’argile et d’eau, que Zeus condamna à être torturé... La seconde forme de ce mythe, plus répandue, raconte que Prométhée, («le Prévoyant») aurait dérobé le feu à Zeus pour l’offrir aux hommes, caché dans un bâton creux. Furieux, Zeus l’aurait alors condamné à être enchaîné sur le Mont Caucase, dans l’Atlas, le foie rongé par un aigle et perpétuellement reconstitué.

 Quand au nom «Frankenstein», il tirerait son origine du château Frankenstein, près de Darmstadt (Allemagne), où vivait Johann Conrad Dippel (théologien, médecin et alchimiste du XVIIIème siècle, figure qui parcourt le roman au travers des réflexions de Victor Frankenstein), et qui aurait fasciné la jeune adolescente durant sa visite, au cours de l’un de ses nombreux voyages.

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Chateau de Frankenstein. Photographie par Peter Stehlik.


Posté par FrankensteinTPE à 16:58 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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